Proxicare

Expertise et conseil dédiés à l'innovation en santé

Lors de cette matinale, notre invitée, Françoise Forette, Professeure en gériatrie, nous a donné son éclairage sur les conseils de prévention fondés sur des études scientifiques et des preuves d’efficacité.

 

La révolution de la longévité est en marche. « Vivre vraiment longtemps » n’est plus exceptionnel et « bien vieillir » est devenu un projet de vie. Qu’en est-il ?

 

A la naissance, l’espérance de vie chez les femmes est de 85,3 et de 79,5 pour les hommes. Aujourd’hui, à 80 ans, une femme a encore plus de 10 ans d’espérance de vie devant elle, alors qu’elle pouvait en compter 6 dans les années 50. A 100 ans, une femme a encore presque 3 ans de vie devant elle !

Après 60 ans, les personnes en « bonne santé » représentent le plus grand nombre, ce qui n’exclut pas les maladies chroniques. La population dépendante représente environ 8% et les personnes « fragiles » environ 15%. Il s’agit de personnes autonomes mais dont l’activité et les capacités diminuent progressivement. Le risque qu’elles deviennent dépendantes est important. Il faut donc les repérer le plus rapidement possible. La Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse a par exemple mis en place un questionnaire pour déceler ces fragilités.

 

Les femmes sont soumises à de nombreux facteurs de risques…. Et l’ignorent souvent. Quel regard portez-vous sur cette plus grande vulnérabilité ?

Les femmes sont exposées à des risques cardiovasculaires, elles le sont également plus fortement que les hommes au plan osseux car leur masse osseuse est plus faible. Le capital osseux se constitue, en grande partie, avant 20 ans, notamment grâce à l’activité physique et à une bonne nutrition sans carence calcique. L’un des dangers pour les femmes est l’ostéoporose. A cet égard, la période périménopause, puis les premières années de ménopause apparaissent clés car la carence oestrogénique augmente les risques. C’est un moment charnière pour dépister et informer, c’est l’occasion de tout remettre à zéro pour appréhender les risques de santé.

 

Depuis 15 ans, les femmes prennent beaucoup moins de traitement hormonal en France suite à la polémique apparue sur les traitements hormonaux de la ménopause (THM) au début des années 2000. Certains Médecins considèrent que cela explique la recrudescence de l’ostéoporose. Qu’est-il ?

Il y a encore 20 ans, les femmes plus éduquées prenaient un THS[1].. Depuis 15 ans, les femmes ne prennent pratiquement plus de traitement hormonal en France suite à la polémique apparue sur les traitements hormonaux de la ménopause (THM) au début des années 2000. Les spécialistes observent aujourd’hui une recrudescence de l’ostéoporose chez les femmes dès le début de la ménopause entre 50 et 65 ans avec un capital osseux très bas et des fractures. C’est regrettable, quand on sait que des études complémentaires ont démontré depuis, que la balance bénéfice risque des THS est positive à condition de les prescrire de façon ciblée, non pas 10 ans plus tard et surtout sur une durée de 2 à 3 ans tout au plus.

En France, on estime à 4 millions le nombre de femmes affectées par l’ostéoporose. D’après les chiffres de l’Assurance-maladie, en 2013, 160 000 fractures chez des patients de plus de 50 ans, ont donné lieu à une hospitalisation : fractures de l’extrémité supérieure du fémur (ESF), du bassin, de l’épaule, des vertèbres… Il ne s’agit pas de problèmes bénins. En 2016, un rapport de la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques) montrait d’ailleurs qu’en France, toutes causes confondues, 23,5 % des patients de plus 55 ans meurent dans l’année qui suit une fracture de l’ESF.

Le sujet de la ménopause reste encore souvent un tabou et la perception de l’enjeu pour le « bien vieillir » est encore floue. Il s’agit d’un moment clé pour faire un bilan global : analyser les facteurs de risques majeurs tels que l’HTA, le profil lipidique (LDL) et réaliser une ostéodensitométrie pour évaluer le risque osseux.

 

L’adaptation du style de vie semble être la clé de la réussite pour bien vieillir ?

Effectivement, au-delà de la question hormonale, la prévention et le style de vie sont capitaux pour vieillir en bonne santé. Nutrition, activité physique, poursuite d’une activité professionnelle ou d’un autre type, lien social… sont essentiels. Une étude menée par RSI sur 400 000 retraités pour évaluer l’influence de l’activité professionnelle sur la maladie d’Alzheimer, a d’ailleurs permis de montrer que plus l’activité professionnelle est prolongée plus le risque de démence est faible. Le Pr Françoise Forette recommande de sortir, échanger et même aimer ! Une devise : « ce n’est pas parce que l’on a un pied dans la tombe qu’il faut se laisser marcher sur l’autre » (F. Mauriac).

 

************************************

 

Françoise Forette est également ancienne Directrice de l’International Longevity Center, membre du Comité scientifique de l’association France Alzheimer, ancienne directrice de la Fondation nationale de gérontologie et auteure du livre « J’ai choisi de bien vieillir » paru en 2017 aux Editions J’AI LU.

 

[1] Traitement Hormonal Substitutif