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En plein essor en Occident, la médecine intégrative est une approche thérapeutique qui propose des traitements associant la médecine conventionnelle et les médecines dites complémentaires. Ces dernières, très diverses (hypnose, ostéopathie, méditation, phytothérapie, etc.) ont en commun une approche globale du patient et mettent l’accent sur des solutions naturelles[1].

Suscitant à la fois méfiance et engouement, ces pratiques, séculaires dans les médecines Orientales et Africaines, se développent rapidement en Occident. Selon le Baromètre santé 360 d’Odoxa de janvier 2019, deux tiers des français croient aux bienfaits des médecines alternatives et complémentaires et un tiers les utilise. A travers leurs recours, les patients souhaitent personnaliser leur démarche de prévention et/ou leurs traitements. Concernant les médecins, plus de la moitié sont convaincus des bienfaits de ces pratiques, et plus particulièrement de l’hypnose (85% des médecins convaincus), de l’ostéopathie (74%), ainsi que l’acupuncture et la sophrologie (69%). Par ailleurs, l’OMS s’est depuis longtemps prononcée en faveur de leur intégration dans les systèmes de santé.

Les acteurs traditionnels de la santé s’intéressent de plus en plus aux médecines complémentaires et tendent à les intégrer à leurs activités. Tandis que des hôpitaux ont d’ores et déjà ouvert leurs portes à certaines de ces pratiques, les mutuelles et assureurs commencent à rembourser certains soins et développent des services associés. Les laboratoires souhaitent, quant à eux, adapter leurs offres pour répondre à la demande croissante des patients. Face à l’essor inéluctable de la médecine intégrative, quelles sont les véritables opportunités pour ces acteurs ?

 

Une place reconnue et un axe d’innovation dans les services hospitaliers

L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), regroupant trente-neuf hôpitaux parisiens, souhaite constituer des équipes pluridisciplinaires pratiquant des soins conventionnels et non conventionnels. L’organisation a ainsi intégré un volet sur les médecines complémentaires dans son plan stratégique 2010-2014 et a révélé que de nombreuses thérapies complémentaires (acupuncture, médecine chinoise, sophrologie, shiatsu, qi gong) étaient couramment pratiquées dans ses établissements en soins palliatifs, gynécologie, pédiatrie et oncologie.

La pratique de l’hypnose est par exemple devenue indispensable dans le cas d’opérations chirurgicales complexes, avec des résultats parfois spectaculaires.  Le 22 novembre 2018 à l’hôpital Bicêtre, près de Paris, un jeune garçon de 13 ans souffrant de crises d’épilepsie sévères a bénéficié d’une chirurgie extraordinaire, à cerveau ouvert, sans aucun produit anesthésique. Bercé par la voie de l’anesthésiste hypnopraticienne, le garçon, conscient et présent, a pu guider le médecin pour délimiter précisément la zone du cerveau à extraire.

L’homéopathie, actuellement en pleine controverse sur son éventuel déremboursement, est utilisée par plus d’un tiers des patients atteints de cancer. L’homéopathie peut se révéler utile en complément de traitements conventionnels pour accompagner l’anxiété à l’annonce du diagnostic, préparer la chirurgie, soulager les effets secondaires des traitements ou faciliter la convalescence.

La méditation, le yoga et l’art-thérapie sont également pratiqués dans les hôpitaux, en soins de support. Ces techniques peuvent réduire le stress, la douleur, et ainsi améliorer le bien-être des patients. C’est dans cette optique que le Louvre et l’AP-HP ont initié en 2015 une démarche d’art-thérapie en milieu hospitalier. Cette thérapie utilise l’art et la création comme moyen d’expression de l’intériorité du patient et favorise la guérison sur les plans émotionnel, spirituel et enfin physique. Une partie du corps médical a été formée à cette pratique, des œuvres d’art sont venues égayer les chambres et des ateliers artistiques ont été organisés pour les patients et leurs familles. Preuve de l’enthousiasme des professionnels de santé et des patients, l’art-thérapie se développe de manière encore plus forte outre-Atlantique. Au Québec, depuis le 1er novembre 2018, certains médecins peuvent, dans le cadre d’un projet-pilote, prescrire des visites au musée à leurs patients et ainsi les faire profiter gratuitement des bienfaits de l’art sur la santé.

La médecine intégrative dans les hôpitaux permet de proposer aux patients une offre de soins complète, en prévention ou en accompagnement de pathologies lourdes. Les expérimentations novatrices dans ce domaine permettent de renforcer la visibilité des établissements et d’initier des recherches, encore peu nombreuses sur ces sujets.

 

Des axes de différenciation pour les porteurs de risque

Malgré une demande et une utilisation croissante des différentes médecines complémentaires, seules l’acupuncture et l’homéopathie sont actuellement remboursées par l’Assurance Maladie, généralement à hauteur de 35%. Ces soins constituent donc un terrain d’investigation pour les porteurs de risque (mutuelles, assureurs et instituts de prévoyance), de plus en plus nombreux à proposer des remboursements pour ces traitements. Les actes les plus couramment pris en charge sont l’ostéopathie et la podologie. Les conditions de remboursement, variant selon les organismes et les contrats, peuvent ainsi représenter des éléments différenciants pour les assurés.

Le développement de ces pratiques génère également des opportunités pour créer de nouveaux services et partenariats apporteurs de valeur ajoutée pour les assurés. Malakoff Médéric s’est, par exemple, associé à la start-up Medoucine pour concevoir un réseau de thérapeutes qualifiés exerçant des pratiques de soins complémentaires (naturopathie, hypnose, sophrologie, méditation, etc.), à l’instar des réseaux traditionnels en optique, dentaire et audiologie. Ce service permet au porteur de risque de mieux orienter ses assurés et d’acquérir une meilleure connaissance de leurs attentes en matière de santé et de bien-être.

 

De nouvelles sources de croissance pour les laboratoires

Les laboratoires pharmaceutiques recherchent de nouvelles sources de croissance pour pallier au ralentissement des marges sur les ventes de leurs produits. Ce phénomène s’explique par la pression mondiale sur les prix des médicaments, la concurrence des génériques et l’expiration des brevets.

Pour répondre à l’intérêt croissant de la population envers les produits de soins naturels (phytothérapie, aromathérapie, etc.), de nombreux laboratoires se sont orientés vers ces marchés et continuent d’élargir leurs gammes. C’est le cas, par exemple, des Laboratoires Lescuyer, des Laboratoires Phytoceutic et de Sanofi avec son centre d’excellence sur les produits naturels.

Parallèlement au lancement de nouveaux produits, les laboratoires peuvent envisager de développer des solutions intégrées, associant traitements et services aux patients. Ces solutions pourraient s’apparenter à des prestations de conseil destinées aux patients afin de les accompagner dans la compréhension des différents types de soins existants et à faire les bons choix, tant en termes de prévention que de traitements curatifs. Un nouveau modèle économique pourrait alors émerger, sur la base d’un abonnement payant permettant aux bénéficiaires d’accéder à des prestations de services sur une période donnée ou tout au long de leur vie.

 

Regard d’expert ByProxicare

L’ancien modèle médical s’oriente progressivement vers une médecine multidisciplinaire et plus ouverte sur les pratiques autrefois appelées « parallèles ». Cette approche répond à des préoccupations très actuelles de prévention, de prise en charge globale et s’inscrit dans le développement de la « médecine participative », permettant aux patients de devenir acteur de leur santé. Ce nouveau paradigme ouvre des opportunités d’innovation pour les acteurs du secteur. Proxicare se tient à vos côtés pour vous accompagner dans vos réflexions stratégiques et la mise en œuvre de vos projets de transformation et de création de valeur.

 

 

Par Margot Houdée

[1] Les « solutions naturelles » désignent principalement des traitements à base d’actifs d’origine naturelle (ex. phytothérapie, homéopathie, etc.) ou des traitements sans prise de produits (ex. ostéopathie, hypnose, sophrologie, méditation, etc.)